Je te propose, pour te prouver que c'que t'as lourdé ou en a l'intention, mérite de ressusciter et d'pas finir
cramé. Ce ptit retour en arrière c'est l'histoire de l'ilot central qu'équipe notre cuisine, un machinpouet crée de A à Z dont j'te m'en vais te conter l'histoire en détail mais pas
trop...
Tous les bois qui ont permis cette création perso proviennent exclusivement de la charpente et du solivage de la Maison Cassée, des
bois pour le moins bicentenaire.
Cet ilot a été décidé en duo avec Miss. Les volumes, les dimensions et les différents aménagements qui l'équipent sont une idée
commune puisqu'un tel monument s'imagine en couple et il était hors de question de pondre ce genre de mobilier sans son accord.
Ses formes et les assemblages m'ont été proposés par Pascal, mon formateur à l'époque.
Deux parties distinctes pour ce bazar : le piètement et le plateau.
Le piètement a été réalisé avec les poutres du solivage, des brindilles en chêne de 130 x 130 ramenées après usinage à des
dimensions plus modestes (80 x 80) en raison de l'usure des bois et de leurs déformations. Le plateau sera crée sur la base d'un plot complet, en chêne toujours
Suite à l'inaptitude médicale pour de graves problèmes de dos m'interdisant l'exercice de mon métier en 2004, je me dirigerais tout
naturellement vers la filière bois pour satisfaire ma passion pour cette royale matière et rester cohérent avec le métier de maçon exercé pendant presque 20 piges et qui m'était dorénavant
interdit.
Je profiterais donc d'une formation et des machines mises à dispositions au centre pénitentière pour créer avec l'aide et les
conseils de Pascal, quelques mobiliers dont l'ilot...
Le piètement...
La première tache fut de créer un plan sur règle des différents éléments qui composent le piètement. Le plan sur règle est une
sorte d'épure à l'échelle réelle reportée sur un plan, il doit être irréprochablement précis puisque les cotes d'usinages serons prisent sur celui-ci et doivent permettre à n'importe lequel des
menuisier de réaliser cette "chose"...

Plan sur règle. Une opération préliminaire primordiale qui conditionne à elle seule le succès de toutes les
phases d'usinage qui suivrons. Ces plans représentent à l'échelle 1 chacun des élément.
Je conserverais précieusement ces plans pour laisser une trace de l'historique pour au cas ou un clone serait souhaité. Cette étape
est déterminante car le brainstorming qu'elle entraine est épuisant. En effet bec d'alose, travailler des bois imprégnés d'histoire et commettre une erreur lors de la conception est
impardonnable.
Ce plan sur règle rédigé et imprimé dans un coin du bulbe, il restait à passer à l'exécution; un truc machiavélique qui demande une
attention soutenue à chaque action et la méticulosité d'un horloger Suisse qu'a dans les pognes la montre à gousset du pépère né en 1894 et qui s'est cogné toutes les grandes guerres.


Poutre d'origine sur le billard pour le corroyage*. À droite après équarrissage à la dégauchisseuse.
*le corroyage est à l'usinage d'une
pièce de bois ce que les préliminaires amoureux sont à l'acte d'amour.
Une définition imagée mais qui résume à elle seule ce qu'est le corroyage; une définition évidemment perso, une définition
forcément à la Moellon.
Pour assouvir ton besoin de connaissance parlons un poil technique...
La poutre est passée à la dégauchisseuse jusqu'à obtenir une face radicalement plan (une dégau est un rabot pro pour gros
calibres). L'étape suivante consiste à former un angle droit sur la base de ce parement raide de neuf. Pour cette action faut juste plaquer la face fraichement rectifiée contre le sabot latéral
et usiner jusqu'à obtenir 90° d'angle par des passages successifs (sur cette même dégau), du parement perpendiculaire; une formalité de contrôle réalisée à l'aide d'une simple équerre suffit à
s'en assurer.
À ce stade le corroyage est quasiment terminé, faut
maintenant amener ta pièce à la dimension voulue...
La section de bois désirée est permise par une seconde bécane : la raboteuse. Cette pétoire est une rectifieuse à bois précise au
millipoil qui fini de parfaire les opérations préliminaires du corroyage. Les parements de référence que tu viens d'usiner ne doivent surtout pas être rabotés ! Seuls les deux côtés brut serons
travaillés...ben forcément faut pas être con non plus. Avec cette dernière action le corroyage est
terminé; c'était la chronique technique du Docteur Varelope...revenons donc mon brave pedzouille, au reste des
douceurs.
Je m'attacherais à écouter les conseils de Pascal concernant l'usinage et les ptits trucs très précis que demande certaines
actions, je le laisserais même en exécuter pour plus de sureté et me contenterais d'apprendre à le voir manoeuvrer sans hésitation aucune, les aloufs...
Le piètement en kit; un Lego géant et un travail de façonnage qui demande expérience et rigueur, bourrin
s'abstenir...
À droite les pieds mortaisés, toupillés arrêté et enfourchés.
Oubli surtout pas que le taux d'humidité des bois est vital pour l'usinage ! Laisse tes bois bruts dans un coin abrité et sec le
temps qu'il faut afin d'éviter un retrait trop important si des fois comme un gros con impatient tu décides de toupiller de tenonner ou de mortaiser avant séchage des éléments. Et si t'es
vraiment un gros con impatient qui pense que c'est facultatif mais pas vital, tes assemblages prendrons un jeu terrible et ton machin ressemblera à rien dès montage, dès séchage et à court
terme...ha ba ça c'est ballot !
Toutes les pièces usinés il restait à assembler tout l'bazar et ajuster si besoin était. Les nombreux assemblages ont été pensés en
accordance avec toujours Pascal qui m'aiguillera et se contentera d'être simple spectateur et moi acteur dans quasiment toutes les actions...

Assemblage à enfourchement et à queue d'aronde réalisés à la scie à dos, à la lame de scie à métaux et au ciseau. Un
travail pour lequel je peux devenir très maniaque et intolérent envers moi-même dans la réalisation.
Le respect du plan sur règle est fondamental pour le succès de la création, la faute était même pas envisageable mais fatale
puisque je ne disposais que des pièces que tu vois pour cette œuvre, pas d'rabe et pas question de foirer et d'aller gauler des bois aboutés ou lamellés raides de neuf sans âme sans passé et sans
reproches dans une grande enseigne...
Restait à monter en douceur et voir ce qui clochait, forçait ou entravait...

Chassis monté. Juste à poncer pour affleurer et affiner, juste à casser les arêtes et fignoler
maniaquement.
Les clichés sont pas nets et la raison en est simple...le pc sur lequel les photos originales étaient stockées m'as laché flinguant
du fait la totalité des clichés. J'ai du donc effectuer un copier coller sur celles diffusées sur le blog pour sauvegarder et te proposer à plus grande échelle pixelisé au risque d'inférieure
netteté et m'en excuse.
Le piètement réalisé fallait passer au bouclier, un plateau insensé et démesuré pour s'attabler en troupeau pour boulotter ou
siroter un apéro...ou plus si affinité.
Le bouclier...
Pour sa création j'avais pas de bois d'origine de la maison pour œuvrer et m'as fallu en commander dans une scierie. Un plot
complet a été nécessaire pour faire, un plot complet en tenant compte du déchet inévitable, aubier, dosses gercées fendues ou encore voilées, le défaut majeur des bois coupés trop frais et la
conséquence d'une déshydratation accélérée en séchoir.
Le plot à réception. 5 dosses de qualité moyenne dans lesquelles faudra tirer d'quoi confectionner, y'aura pas d'surplus,
y'aura pas plus de droit à l'erreur que pour le piètement.
Comme pour la base, ses dimensions ont été déterminées par les besoins d'aisance requises pour baffrer en famille ou entre amis
sans avoir à risquer un coup d'coude dans les pioches par une conception lilliputienne.
Le choix des assemblages m'as encore une fois été proposé par Pascal, liaison des lames par rainures, languettes, tenons mortaise
pour les emboitures. Pas plus de vis que d'clous pour lier, juste un encollage bois au niveau des languettes et un chevillage tradi pour les emboitures.
Une fois encollées l'ensemble sera emprisonné (sans les
emboitures) dans deux étaux de menuisier pendant une journée complète, délai imparti au séchage.
..
Liaisons par emboitures et languettes, du costaud et du durable.
Bien entendu quelques opérations préliminaires ont été réalisées en amont, opérations comme le corroyage, l'établissement, le
rabotage ou encore le ponçage à la large bande.
Dans ce type de liaison par rainures-languettes, un tenon chevauche deux lames à la fois plus la languette, gage d'un enserrage
sérieux comme le prouve les clichés.
Les emboitures ne sont pas retaillées mais laissées telles que, serons usinées emboiturées.


Le plateau emboité et achevé. Reste à couper l'excédent au droit des emboitures, d'arrondir les 4 angles et passer un coup
d'affleureuse périphérique pour casser les arêtes.
Les deux pièces maitresse que sont le piètement et le bouclier serons rapatriées à la Maison Cassée pour y être
fignolées.
Les opérations de finitions successives n'ont pas besoin d'être expliquées puisque détaillé dans les articles
précédent...


Provenance des bois dont est fait l'ilot. J'aurais pu cramer tout ça et faire une bonne flambée c'est vrai, mais faut
réfléchir avant de regretter amèrement. Rien n'est jamais perdu et tout est récupérable pour peu qu'on y crois vraiment et qu'on s'en donne les moyens. La photo de droite t'est familière puisque
c'est celle shootée y'a peu, entre les deux : 7 ans d'ancienneté.
La poutre couchée sur le solivage n'est autre que l'entrait de l'une des fermes d'origine. Sera conservé pieusement avant d'être
tronçonné par moitié dont l'une aura pour fonction d'être porteuse de la trémie d'escalier, l'autre est toujours sous bâche depuis 2005 et attend sa résurrection.
Voila...tu sais tout ou presque de l'histoire de l'ilot central. De morceaux de chevrons avariés destinés à bourrier en est sorti
une création perso, une seconde vie pour ces bois au passé chargé d'histoire. Faut juste respecter, quelques coups d'rabot, quelques coups d'scie, quelques coups d'ciseaux, pas mal d'heures de
boulot...
BLA BLA...